Le remède, c’est le malade

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Entretien extrait du magazine CGD83 Infos

Le remède, c’est le malade

entretien avec lionel barraQuel état des lieux dresseriez-vous en matière d’addictions au travail au sein des collectivités ?

A l’échelle nationale, on considère que 10 % de la population sont confrontés à des problèmes de conduites addictives avec, bien sûr, des répercussions dans le monde du travail. dans les collectivités, les risques sont plus élevés chez tous les agents qui travaillent en extérieur, avec une fragilité aussi dans le secteur de la restauration. mais, en France, c’est un sujet tabou pour lequel on pratique volontiers la politique de l’autruche. Nous avons du mal à considérer l’alcool comme une drogue lorsqu’il est durablement mésusé. 70 % de la population en consomment d’une manière modérée, sans que cela pose le moindre problème. mais lorsque l’on devient alcoolique, c’est une drogue dont il est extrêmement difficile de se sevrer.

Comment détermine-t-on s’il y a addiction ou non ?

chacun a sa carte du monde de l’alcool, en fonction de sa culture, de ce que lui ont appris ses parents. mais la définition de l’addiction est claire. Le mot vient du latin addictare, qui signifie « contraindre par corps ». L’addiction, c’est la perte de liberté de consommation. Le nombre de verres de vin consommés chaque jour importe peu. L’important, c’est ce qui se passe quand on ne les boit pas. si je suis d’humeur irritable, si je perds le sens des saveurs et du goût, si je cherche ce vin partout, s’il mobilise mon esprit et ma pensée, je peux m’interroger sur mon addiction. maintenant, si cette addiction se limite à trois verres par jour, elle posera évidemment moins de problèmes que si elle se situe à trois bouteilles. car on sera alors rentré dans la moléculo-dépendance, qui rend tout contrôle impossible.

Quelles conséquences les comportements addictifs peuvent-ils avoir?

Lorsqu’une équipe, ou un membre d’une équipe, commence à adopter de tels comportements cela aboutit automatique- ment à des dysfonctionnements, des risques financiers et psychosociaux : difficulté à communiquer, isolement, absentéisme, incapacité à tenir un poste de travail préétabli, perte de productivité, dégradation de l’image de marque de la collectivité… En termes de santé publique, les conséquences sont également énormes : 45.000 décès par an sont liés à l’alcool, première cause de mort chez les jeunes de 15 à 30 ans. chez nous, l’alcool fait un mort toutes les dix minutes !

CDG83 infoComment débute la démarche ?

Le plus difficile est de la mettre en place, car la prévention des addictions ne nous est pas naturelle. La première chose à faire, c’est donc d’instaurer une communication sur le sujet, de doter les collectivités d’un vocabulaire commun à tous les agents. La formation demande en effet une démarche participative de tous. cela permet ensuite de mettre en place une réflexion sur les risques psychosociaux au travail, sur la façon dont un agent victime d’addiction devient improductif et dont l’équipe qui l’avait accueilli à bras ouverts va se mettre à le juger, sur la manière dont on va basculer dans la répression sans pour autant régler le problème… Je propose donc de donner à chacun une connaissance globale de ce qu’est l’addiction, de doter la collectivité d’un protocole de gestion de crise, et de créer un certain mieux être au travail.

Lorsque vous êtes confronté à un cas d’addiction au travail, en quoi consiste l’accompagnement ?

Il se caractérise d’abord par une approche humaniste. Je cherche à amener l’individu à prendre conscience de sa responsabilité dans l’alcoolisation, des problèmes que lui crée cette addiction, mais surtout de sa responsabilisation quant aux soins. Car lui seul peut se soigner : le remède, c’est le malade. Il faut l’aider à troquer son addiction contre un projet de vie. parallèlement, nous mettons donc en place un protocole de soins, en accord avec les représentants du personnel, et un comité de pilotage, composé de tous les services de la collectivité, qui permettra d’éviter le recours à la voix hiérarchique. car la subtilité de l’accompagnement en alcoologie consiste à responsabiliser l’individu sans pour autant le culpabiliser.